Propos recueillis par Bernard ALES.

Ciné Télé Revue (1998).

Les pommettes saillantes et les yeux d'un vert enchanteur : pas de doute, Isabelle Renauld possède bien cette grâce et ce charme qui la font comparer à Romy Schneider. Que dire alors de son talent, révélé au plus grand nombre dans " Les montagnes bleues ", que vient de diffuser France 2? Elle y était Laure, ce personnage fougueux qui tente l'impossible pour retrouver le grand amour de sa vie et repartir à zéro après un terrible drame. Très vite, Isabelle jugea les planches du théâtre municipal de Saint-Malo trop étroites pour exprimer tout son talent. Elle n'a alors que 16 ans et veut déjà tenter sa chance a Paris. Dix-sept ans plus tard, une trentaine de films et un nombre impressionnant de pièces de théâtre jalonnent sa carrière. D'ici peu elle interprétera une psy à la poursuite d'un serial killer dans la série " Brigade spéciale ". En attendant, place aux confidences. Elles sont charmantes et réalistes. Comme elle.

Bernard ALES :
" Les montagnes bleues " raconte une histoire d'amour très forte, mais pas sans souci...

Isabelle Renauld :
Je ne pense pas que le bonheur puisse être sans nuage. II s'apprend, se travaille. L'amour est ainsi, ce n'est jamais simple, il faut se battre et ce n'est pas joué d'avance. Le chemin est toujours semé d'embûches. Le véritable talent, c'est être doué pour la vie et le bonheur.

Bernard ALES :
Les acteurs ne le sont pas?

Isabelle Renauld :
Je m'interroge. Moi, en tout cas, je ne le suis pas. Parfois. je préférerais avoir plus de talent dans la vie.

Bernard ALES :
Cette femme, votre personnage dans " Les montagnes bleues ", malgré le suicide de sa rivale, part à la recherche de son amant qui a " fui " sans laisser d'adresse. Pensez-vous que, comme c'est le cas dans l'histoire, la passion est plus forte que tout?

Isabelle Renauld :
Laure a un courage fou. La mort de sa rivale lui donne un grand sentiment de culpabilité, d'autant plus que l'enfant est décédé aussi. Elle a choisi la vie, il faut donc qu'elle retrouve cet homme et qu'elle ait une explication avec lui. Plus qu'un acte de passion, c'est un problème de survie pour elle. Je la comprends, je lui trouve un courage énorme, que je n'ai sans doute pas. Parce que partir en Inde, tenter de retrouver un homme qu'elle n'a pas vu depuis quatre ans, qui l'a laissée totalement sans nouvelle après un drame qui les a bouleversés, il faut le faire.

Bernard ALES :
Un amour aussi porteur est rare?

Isabelle Renauld :
Je ne connais que celui-là. Je ne pense pas qu'il y ait d'amour tiède.

Bernard ALES :
Vous, vous pourriez soulever des montagnes par amour?

Isabelle Renauld :
- Je me pose la question. Je n'ai jamais été confrontée à cette situation. Je peux faire beaucoup de choses assez folles par amour. D'ailleurs, je l'ai fait. En plus, les acteurs ont des ego énormes, avec un immense besoin d'être aimés. Donc, pour ça, on soulèverait des montagnes! (Rires.)

Bernard ALES :
C'est la jalousie qui provoque le drame. Pour vous, est-ce un sédiment naturel, un sentiment à combattre?

Isabelle Renauld :
Un peu les deux. C'est vrai que je suis très possessive et très jalouse et, en même temps, j'ai envie de combattre cette tendance pour ne pas me rendre complètement malheureuse. Mais c'est bien d'être jaloux, cela prouve qu'on aime. Quant à la jalousie de l'autre même si je peux la supporter, elle m'encombre aussi de temps en temps. Je la tolère beaucoup mieux chez moi! (Rires.)

Bernard ALES :
L'auteur de l'histoire pose la question : " L'amour passe-t-il une seconde fois? "

Isabelle Renauld :
Je n'y crois pas trop. Je pense que lorsqu'on a vécu quelque chose de fort avec quelqu'un et qu'il y a eu des tragédies ou des séparations, on ne peut pas tourner la page et repartir à zéro comme ça. C'est effectivement la question que soulève le film. En l'occurrence, l'amour passe ici une deuxième fois après un long combat. Mais entre ces deux-là, il y aura toujours ce drame et il est très encombrant. Cet homme a quand même perdu une femme et un enfant. Réussiront-ils à ne pas se le faire payer? II faudrait un troisième épisode pour le savoir En tout cas, je ne vois pas ce bonheur sans nuage.

Bernard ALES :
Vous avez découvert l'Inde grâce à ce tournage. Quelle impression?

Isabelle Renauld :
C'est très beau, c'est un choc culturel, c'est tellement loin de nous. Nous avons notamment tourné dans un village habité par une très vieille peuplade, les Todas dont il doit rester mille cinq cents représentants au monde. Ils sont protégés par l'ONU. C'est vrai que ces gens qui ont conscience de leur extinction, nous donnent une formidable leçon de vie en y croyant et en donnant des conseils philosophiques magnifiques. Ensuite, nous sommes allés à Madras où nous avons dû supporter cette chaleur indienne intenable, avec 50°C et 100% d'humidité. Je travaillais tous les jours. Je n'ai donc pas pu découvrir ce pays comme j'aurais aimé le faire.

Bernard ALES :
L'idée d'être comédienne vous est-elle venue très tôt?

Isabelle Renauld :
Oui, je ne sais faire que ça et je n'ai pas eu d'autres envies. Mes parents étaient un peu inquiets au départ. Mais ma mère s'est très vite rendu compte que lorsque je faisais du théâtre (c'était à Saint-Malo), j'étais bien mieux dans ma peau et j'avais de meilleurs résultats scolaires. Elle m'y a donc même poussée en me disant : " Cela t'embellit, t'épanouit; il faut que tu te battes pour ça. "

Bernard ALES :
Vous avez été une adolescente révoltée. Aviez-vous des raisons de l'être?

Isabelle Renauld :
Un peu, car je vivais avec ma mère, qui était soixante-huitarde. Elle avait des amis comme Bernard Lavilliers ou Léo Ferré, lesquels avaient une maison à Saint-Malo. Disons que l'influence parentale a fait son chemin. J'ai le souvenir de Ferré venant habiller sa guenon dans un magasin de luxe. Et puis, il y a eu " La mémoire et la mer", qu'il a écrit sur les remparts de la ville. C'est quand même une figure incroyable.

Bernard ALES :
Pour monter seule à Paris à l'âge de 16 ans, il faut une assurance, un culot monstre. Vous ne doutiez de rien ?

Isabelle Renauld :
Non. Je voulais aller jusqu'au bout de mon désir. A ce moment, on se dit " Je me donne quatre à cinq ans, j'aurai 21 ans et, si je me plante, il sera toujours temps de recommencer quelque chose.

Bernard ALES :
Avez-vous rencontré Laurent Malet sur un tournage?

Isabelle Renauld :
Non, je l'ai rencontre chez Chéreau. II jouait dans " La solitude dans les champs de coton " avec Patrice, et moi, j'étais l'élève.

Bernard ALES :
Entre vous et lui, c'était plutôt l'émulation que la compétition?

Isabelle Renauld :
Je ne crois pas que nous voulions chacun être le premier. Mais les acteurs ont tellement besoin de reconnaissance qu'ils sont handicapés du coeur. C'est étrange d'étaler ses sentiments comme ça devant tout le monde. Entre Laurent et moi, il n'y a pas eu de compétition. C'était assez passionnel et fusionnel. Bien sûr, on comprenait nos fragilités respectives, mais c'était difficile à admettre dans la vie de tous les jours, où lui comme moi avions peut-être besoin de quelqu'un de fort et d'équilibré. J'en parle au passé, car nous sommes séparés. Notre histoire a, malgré tout, duré onze ans et un petit garçon est né. En même temps, nous vivons à cinq cents mètres l'un de l'autre et nous nous voyons souvent.

Bernard ALES :
C'est la raison pour laquelle vous dites qu'un bonheur sans nuage n'existe pas?

Isabelle Renauld :
Forcément, oui. Qui peut dire aujourd'hui : " J'ai vécu onze ans avec un homme et cela a tout le temps été magnifique "?
Je n'y crois pas. Ce n'est pas possible. II est beaucoup plus facile de vivre seule, on n'a de comptes à rendre à personne. Quand on décide de vivre à deux, il faut une certaine dose d'humilité, faire des concessions. Pour moi, le vrai talent est de savoir être heureux, regarder la vie simplement et ne pas se prendre la tête.




Page Principale du Site ActricesDeFrance.org