Article : Henry Saurel.

92Express N° 96 - Novembre 98.

Héroïne de L'Éternité et un jour, le dernier film de Théo Angelopoulos, Palme d'or au festival de Cannes 98, la blonde et terriblement séduisante Isabelle Renauld a toujours gardé la nostalgie de Nanterre et de son théâtre des Amandiers où tout ou presque a vraiment commencé...

Toute petite déjà, à Saint-Malo, Isabelle Renauld rêve de jouer la comédie, ne manquant jamais une occasion de s'exercer dans des troupes de théâtre amateur. Au moment où d'autres récitent des fables de La Fontaine, Isabelle choisit de réciter dans des concours de diction des textes de Léo Ferré. Cela sous le regard protecteur de ses parents quoique son père, pharmacien voie cependant d'un oeil chagrin cette vocation chaque jour s'afficher et s'affirmer. Mais, Isabelle sait se montrer si convaincante qu'elle finit par obtenir l'autorisation à l'âge de dix-sept ans de "monter" à Paris. Seulement, " j'étais trop jeune pour entrer au Conservatoire, et, à l'école de la rue Blanche, on m'a dit à l'issue du deuxième tour, que j'étais trop désuète "" ! Qu'importe, Isabelle Renauld n'a pas dit son dernier mot. Elle entre alors au cours Florent, où elle rencontre Pierre Romans qui " m'a tout appris ". Elle y reste une année avant de rejoindre la troupe de Patrice Chéreau à Nanterre en 1986.

Là, changement de décor. A vingt ans, Isabelle, comme les autres apprentis comédiens s'appelant Vincent Pérez, Agnès Jaoui ou Thibault de Montalembert, fait connaissance avec la discipline bien particulière de la vie de troupe. "Pendant deux années nous avons vécu les uns sur les autres, dormant parfois même dans les loges tellement nous étions fatigués. Nous étions au service de Nanterre, totalement impliqués dans la vie de ce théâtre où nous suivions les cours de Madeleine Marion en même temps que nous travaillions dans les spectacles mis à l'affiche. Ce fut pour moi, une formidable école", se souvient Isabelle Renauld avec une nostalgie non feinte. "On se connaissait bien, c'est un milieu qui me manque aujourd'hui." En 1988, Isabelle quitte Les Amandiers en raison de la naissance, à Neuilly, de son fils Théo, fruit de ses amours avec le comédien Laurent Malet qu'elle a rencontré sur scène. "Il jouait le rôle d'un dealer dans Solitude des champs de coton et moi celui d'une grande prêtresse. On se croisait en coulisses, la vie a fait le reste." Isabelle s'éloigne alors quelque temps de la comédie pour s'occuper de son enfant puis y revient par le biais de la télévision. Elle tourne dans plusieurs séries comme L'Instit ou Nestor Burma, prête son talent à de nombreux téléfilms avant que le cinéma ne s'intéresse à elle.

En 1990, Isabelle est la partenaire de Christian Clavier, de Jean Reno et de Valérie Lemercier dans L'Opération Corned Beef de Jean-Marie Poiré. En même temps que ce film est un succès populaire, il offre à Isabelle sa première véritable occasion de s'épanouir. "Les gens de cinéma qui jusque-là ne s'étaient pas intéressés a moi, m'ont regardé d'un oeil différent. On a parlé de révélation, il y a même un journaliste qui a écrit a mon propos que j'étais "50% Romy Schneider et 50% Simone Signoret". J'ai bien ri en lisant cela parce que moi où suis-je là-dedans ? Plus sérieusement, si la comparaison est flatteuse, je suis encore bien loin d'être à la hauteur de leur talent." N'empêche que la carrière d'Isabelle est lancée. Roger Planchon à son tour lui fait confiance et lui confie la tâche ingrate d'initier le jeune monarque aux joies de l'amour dans Louis, enfant roi. "C'est un film important même si mon rôle était secondaire parce que de cette rencontre avec Planchon est née une nouvelle aventure théâtrale. Il m'a engagée pour Les Libertins que nous avons joués trois mois a Chaillot où j'ai retrouvé les mêmes félicités qu'à Nanterre parce que le théâtre est une drogue indispensable pour un comédien." Et voici trois ans, Catherine Breillat lui donne le rôle principal de son film Parfait Amour. "Non seulement, c'était une aventure passionnante mais je pouvais enfin montrer que j'étais capable de tenir la distance sans pour autant me dire que tout est arrivé. Je sais avoir encore beaucoup de progrès à faire. Quand je me regarde, par exemple, je ne vois que les défauts, je n'ai pas encore pris la mesure du recul nécessaire." Va suivre, Ça ne se refuse pas d'Eric Woreth avec Jean-Marc Barr avant que Théo Angelopoulos ne la choisisse pour être l'épouse de Bruno Ganz. "Un rôle assez gai dans une histoire triste où un homme n'ayant plus qu'un jour à vivre revoit défiler son existence en quelques minutes. Angelopoulos m'a choisie en feuilletant un magazine ce cinéma. Il a vu ma photo, il a souhaité me rencontrer à Paris. On a dîné ensemble et le lendemain, je recevais le scénario et le contrat. Le tournage a duré plus d'une année en Grèce."

Depuis, Isabelle Renauld qui actuellement expérimente toute une série de recettes de cuisine à base de curry pour le plaisir de la découverte, a eu le temps de partir en Inde et de se glisser dans la peau d'une amoureuse pour les besoins des Montagnes bleues de Paolo Barsman que l'on verra sur France 2 en février prochain et elle se prépare à partir cette semaine dans les Cévennes où l'attend François Dupeyron pour C'est quoi la vie. Un film où elle partage la vedette avec Jean-Pierre Darroussin et Jacques Dufilho. Un programme chargé pour Isabelle Renauld qui a bien l'intention de remonter rapidement sur les planches. Histoire de retrouver ses racines d'autant qu'elle ne cache pas que "si Jean-Pierre Vincent me demande de venir travailler a Nanterre, je réponds immédiatement présente". L'appel est lancé !




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